

"Il n’y a rien à démontrer, il suffit de pratiquer".
Il n’y a pas de secret. Tout est là. Rien n’est caché. Présent comme l’instant présent. Il n’y a pas plus ni moins de vérité. Juste une tradition, un esprit de relations, un choix profond de certains gestes, une idée humaine de la vie, une conscience d’incarnation, une façon d’être présent... ![]() |
Pour infuser votre thé ne commettez pas l’erreur, que trop de gens font, de vous fier à la couleur de votre liqueur. En effet, à taille de feuille égale, la couleur dépend bien plus de la quantité de thé que du temps d’infusion. Pour vous en convaincre faites l’expérience vous-même. Placez deux grammes de thé et observez qu’entre 3 et 5 minutes la couleur change peu. Par contre si vous comparez une liqueur utilisant 2 grammes avec une autre utilisant 2.5 grammes la couleur de cette dernière sera bien plus intense. Tous les thés possèdent un temps d’infusion idéal, un temps de pose, où il atteint un point d’équilibre, d’harmonie. Nous ne pouvons nous pencher au cas par cas alors voici, à titre indicatif, un petit barème qui vous permettra de trouver votre propre temps et, ainsi, d’affiner votre pratique.
Connaissez-vous le "syndrome de la glace pilée" ? des glaçons fondront moins vite que la même quantité de glace pilée. Ce principe est le même pour le thé. Plus le thé est brisé ou broyé (comme presque tous les sachets), plus la surface d’échange avec l’eau est grande donc plus le thé infusera rapidement (pour ce genre de thé deux à trois minutes peuvent suffire). La plupart des thés noirs ne s’infusent guère au-delà de 5 minutes car les feuilles libérant trop de tannin et perdant ainsi, entre autre, l’équilibre théine/tannin produit une liqueur trop âcre. Nous pouvons aussi dire, pour reprendre les paroles d’un Maître de thé, que beaucoup de thés faits "après le départ des amis" sont âcres...
Ce Maître rendant hommage au somptueux et profond poème de Li Chang-Yin (813-858), "Ivre sous les fleurs", avait nommé sept temps avec chacun des sept vers : De parfum en parfum Un nuage d’ivresse m’a surpris Endormi contre un arbre, du soleil qui penchait Je m’éveille au fond de la nuit Mes amis sont partis Qu’une bougie rouge allume encore Le charme des fleurs intimes Cela donnait ceci :
A ses disciples qui lui demandaient un temps d’infusion idéal il répondait par exemple, "faites ce thé à la lumière d’une bougie rouge"... et laissait ainsi, par ces indications "floues", une marge de découverte et d’essais pour trouver, par ses propres moyens, le temps juste et exact d’équilibre. Parfois il lui arrivait de préciser quelque peu en ajoutant à la fin de sa phrase "ascendant" ou "descendant". chacun représentant, respectivement, la première et deuxième moitié du temps. Ainsi un "éveil nocturne ascendant" est un temps entre 3 et 3 minutes 30. Mais le temps de pose se compte de diverses manières : · en temps compté : un temps chronométré et comptabilisé en minutes · en temps perdu : un temps simplement estimé, au "pifomètre" disent certains · en temps de flots : un temps épousant le rythme cardiaque et comptabilisé en battements de coeur · en temps soufflé : un temps basé sur le rythme respiratoire et comptabilisé en inspirations et expirations Bien entendu le temps compté est le plus utilisé mais nombre de Maîtres de thé ou de Compagnon de thé préfèrent le temps perdu, le temps de flots ou le temps soufflé qui ont le mérite, en tenant compte de notre état (calme, nervosité, fatigue, repos...) de créer une liqueur bien plus proche de nous. |

